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Plumes en seconde 2

mardi 6 janvier 2015

Les grands écrivains du XIXe siècle se sont souvent inspirés de faits-divers. Stendhal, Flaubert, Maupassant ont trouvé là des idées… Les élèves de seconde 2, sur mes conseils, ont eux aussi voulu puiser dans des faits-divers la matière de brefs récits littéraires. Un ensemble de textes extraits de journaux leur était proposé, ils étaient libres de choisir celui qui les inspirait le plus. Ils ont souvent été plusieurs à opter pour le même récit de départ, si bien que vous verrez peut-être revenir quelquefois la même histoire, racontée d’une autre manière. Tous les récits produits étaient intéressants. Mais il fallait bien choisir… Je l’ai fait, en toute subjectivité. Voici donc les sept histoires qui m’ont le plus séduit. J’espère que vous y serez sensible à votre tour.
P. Ahnne

N. B. : Je n’ai rien corrigé. À peine ici ou là une faute d’orthographe, pure étourderie évidemment.

Nouvelle 1

Ces si belles voitures

Ce matin-là, elle s’était levée avec tant de mal ! Elle ressassait les événements de la veille. Elle avait eu soixante-quatre ans, elle avait réussi à survivre une année de plus. Deux ans plutôt, elle avait appris qu’il ne lui restait que quelques années à vivre. Depuis ce moment elle avait décidé de vivre au jour le jour et de ne plus se soucier de ce que pensaient les autres. Elle avait affiché son humeur maussade de femme mourante devant tout le monde. Au détriment de sa fille, qui, ne supportant plus sa mauvaise humeur, avait décidé de lui poser un ultimatum : « Maman, je sais que tu es mourante mais ton cancer n’est pas une raison pour devenir aigrie et irritante. Je ne te supporte plus. Tu es désagréable, de ce fait tout le monde te fuit. Si tu ne reviens pas à la raison, je te préviens, je ne remettrai plus jamais les pieds ici ! » Pour toute réponse, elle avait ouvert la porte et lui avait répliqué : « Ne te gêne pas, sors d’ici, je ne vais pas me laisser dicter ma conduite par une femme de trente ans ma cadette, et qui plus est ma fille ! » Et c’était ainsi que, dans cette atmosphère de colère et de frustration, les deux femmes s’étaient quittées.

Après avoir vaqué à ses activités matinales, elle était partie de la maison, ses clés toujours en main. Elle bouillonnait encore de colère. Elle ressentait toujours le goût amer de son altercation avec sa fille. Soudain, elle l’avait vue ! Elle était belle, elle était neuve et rutilante. C’était la voiture de sa fille, elle en était certaine. Et là tout a coup, elle n’avait pas pu résister. Elle avait levé la main et avec ses clés elle avait rayé toute l’aile droite de cette sublime voiture. Elle l’avait fait avec un aplomb phénoménal. Elle pensait qu’accomplir ce geste sur une voiture similaire à celle de sa fille la libérerait d’ un poids énorme. Et elle avait raison. Elle avait conscience que ce geste était petit, mesquin. Mais elle aimait penser que la voiture était celle de sa fille et que ce geste ne lui ferait aucun mal. Elle voulait faire un acte fort, blessant et comprenant une certaine méchanceté, sans avoir à la blesser physiquement. Autant dire la vérité, elle aimait rayer des voitures, entendre le crissement des clés sur la tôle de la voiture. Et il faut se l’avouer, elle est une vraie enquiquineuse qui s’assume ! A ses yeux, sa fille l’avait bien cherché, même si cette voiture n’était pas la bonne, un jour ce serait la bonne.

Éléonore
Meunier
2nde 2

Nouvelle 2
Entraîné par le train

Ce jour-là, Christopher devait se rendre chez une amie, à quelques kilomètres de Genève. Il arriva à la gare et se rendit sur le quai. Il n’attendit que quelques minutes, avant que le train arrive.

Dans le train, se souvenant de la fête organisée pour ses dix-sept ans, il sourit. En face de lui, une jeune femme qu’il trouvait très jolie et très élégante sourit à son tour. Elle avait les yeux fermés, un rayon de soleil faisait briller ses cheveux. Il se demandait à quoi un être aussi doux pouvait penser. Le train était parti depuis une dizaine de minutes, Christopher appuya sa tête contre la fenêtre et s’endormit.

Quand il rouvrit les yeux, la jeune femme n’était plus là. Le train était arrêté dans une grande gare. Quand il aperçut le panneau de la ville où il devait descendre sur le quai, la panique le prit. Sans hésiter une seconde, il attrapa sa valise et se précipita vers la sortie, alors que la sonnerie du départ retentissait. Il sauta sur le quai, mais quelque chose le retint et il trébucha. Il essaya de se relever mais son pied ne voulait pas bouger. Il se retourna et poussa un cri de panique. Un lacet de sa chaussure était coincé dans la porte du train qui s’était refermée, alors que celui-ci commençait à partir. Il se fit traîner sur plus de cinquante mètres, avant qu’un passant n’alertât le conducteur, qui arrêta le train. A ce moment-là, Christopher jura de remercier le passant. Il était complètement ébranlé et perdit connaissance.

Quand il rouvrit les yeux, il s’aperçut qu’il était dans une chambre d’hôpital. Un médecin était penché sur lui et lui souriait. Il lui dit : « Vous avez beaucoup de chance que quelqu’un vous ait vu ! D’ailleurs, elle attend dans le couloir. »

Christopher ne comprit rien sur le coup. Quand il vit entre la jeune femme du train, il ne put s’empêcher de sourire. C’était donc elle qui avait alerté le conducteur ? Prenant son courage à deux mains, il lui demanda : « Puis-je vous remercier en vous invitant à dîner ? »
Laura P.

Nouvelle 3

Évasion

Alors qu’ils jouaient calmement, Pablo, lui, regardait sa maîtresse. Il guettait ses moindres faits et gestes. Il la regardait avec ses yeux ronds... Quand soudain un bruit retentit, un bruit que l’on entend quand on est assis paisiblement, le genre de bruits qui nous fait sursauter. Ce bruit-là n’effrayait pas Pablo, il le rendait attentif, attentif aux bruits extérieurs, il tourna donc la tête. Ébahi par le monde extérieur, les voitures qui roulent, les passants, l’odeur de la pluie sur le bitume, la pollution, le brouhaha des gens. Une ville si bruyante, si intrigante qu’elle en devenait plus intéressante que la récréation, plus intéressante que le monde qui l’entourait. Il s’imaginait déjà explorer ce monde qui lui était inconnu. Ce monde qui l’entourait était si diffèrent de ces histoires de chevalerie, de ces histoires que l’on veut voir se réaliser quand nous sommes adultes.

Pablo se sentait comme emprisonné, dans une cage qui n’était pas la sienne. Comme un lion en cage, il rugissait, à l’affût du signe qui lui rendrait sa liberté. Il se lança dans un élan vers la grille. Après avoir élaboré un plan, il se jeta dessus et en un instant disparu de l’autre côté de la barrière. Il voyait la récréation sous un autre angle. Il était du bon côté, comme quand on rend visite à un proche au parloir de la prison. Pablo était du côté de la liberté et il le savait. Il regardait ce monde plein de danger, il y était, il avait réussi. Il passait devant les commerces. Habituellement, il faisait le même trajet avec sa mère, le fait de ne pas être accompagné donnait à Pablo un sentiment de puissance. Il se sentait comme un lion. Il se sentait libre et léger. Il était quatre heures et Pablo avait faim, cette escapade lui avait donné l’envie de manger. Il traversa la rue et regagna sa maison.

Anonyme

Nouvelle 4
Terreur en eau trouble

Roger venait de se réveiller : il était déjà 10h30. En effet, il avait fait la fête la veille, ça s’était plutôt bien passé, mais il s’était parfois bien ennuyé. Il décida de se lever. Il s’habilla avec les mêmes gestes mécaniques qu’il accomplissait tous les matins. Il descendit les escaliers vingt minutes plus tard, il prenait son temps, on était dimanche.

Une fois dans la cuisine, il fut ébloui par le soleil qui faisait flamber le ciel d’aout. Il sortit de sa maison pour mieux savourer ce temps digne du jardin d’Eden. Il posa donc un pied sur sa belle pelouse et, au lieu d’effleurer l’herbe humide du matin, son pied se retrouva prisonnier de plusieurs centimètres de boue, plus liquide que solide.

Cette sensation le fit revenir brutalement à la réalité, son jardin s’était transformé en une mare de boue. Il essaya d’avancer sans tomber et s’en alla faire le tour de la propriété. Il se retrouva nez à nez avec le cadavre de sa belle piscine gonflable, toute déchiquetée.

Après avoir mené son enquête et avoir découvert que l’assassin était en fait un tueur en série, il se rendit le soir même chez un voisin, dans la rue d’à coté, qui avait la plus belle piscine du quartier.

Roger débarqua clandestinement dans le jardin et se cacha dans un buisson. Il patienta pendant que la nuit tombait et il attendit encore lorsque l’obscurité régna. Rien n’arrivait. Ses paupières pesaient, mais il se forçait à tenir bon. Enfin, à deux heures du matin, un homme entra dans le jardin, encagoulé et le dos voûté. Roger commençait à s’exciter et son cœur battait de plus en plus vite. L’homme sortit un cutter, ses lèvres se mirent à bouger comme s’il récitait un rituel et il planta la lame dans la chair de la piscine. C’en fut trop pour Roger, il bondit hors de sa cachette et fonça sur le mystérieux criminel. Il lui donna un coup de poing titanesque qui le projeta par terre. L’inconnu fut dépouillé de sa cagoule. Et Roger eu un cri d’horreur. C’était son ami d’enfance, Marc. Comment avait il pu ? Lui qui était si gentil, si faible.

« L’anarchie est la voie naturelle de l’homme, dit-il, les deux espèces les plus résistantes du monde animal sont les fourmis, symboles de la société, et les rats, symboles de l’anarchie et de l’égoïsme. L’humain n’est pas capable de faire comme les fourmis, il doit faire comme les rats. On le sait tous, le capitalisme n’engendre que la faim, la guerre, la bombe atomique. L’anarchie est la voie naturelle de l’homme. Les plus forts naissent de l’anarchie, les plus faibles naissent du capitalisme. Les vraies alliances naissent de l’anarchie.

La piscine est le symbole du confort, du luxe, du capitalisme. C’est un avertissement. Ne t’inquiète pas, je ne suis pas qu’un simple illuminé, j’ai bien réfléchi. »

La police vint et l’emmena, Marc passa pour un fou et Roger fut remboursé.

Paul Vezia

Nouvelle 5

Un miracle irréalisable

Lorsque le téléphone sonna à 01h24, Marie sut. Elle ne décrocha pas tout de suite. Elle fixa le téléphone, le laissa sonner trois fois, puis, prenant une grande respiration, elle approcha sa main, hésita quelques secondes encore, et, dans un moment de courage, elle le saisit.
Les mots qu’elle craignait d’entendre résonnèrent dans son oreille : « Madame Lanci, je suis désolé de vous appeler à une heure si tardive, mais… »
Il marqua une pause qui lui sembla durer une éternité : « Je suis au regret de vous annoncer le décès de votre mère. Vous pouvez venir la voir dès que vous le désirez. »
Elle resta quelques secondes assise sur son lit, puis, d’un coup, toutes les émotions la submergèrent. Un torrent de larmes coula le long de ses joues. Elle ne pouvait pas se calmer, cela lui était tout bonnement impossible. La douleur était si forte qu’elle se plia en deux. Mais le fait est qu’elle avait beau s’être préparée à cette situation des millions de fois, la douleur n’en était pas moins douloureuse et la peine n’en était pas moins présente.
Elle entendit la porte de la chambre s’ouvrir, et sentit la main de son mari se poser délicatement sur son épaule. Il la regarda dans les yeux, et elle sentit à son regard qu’il avait compris. Il la serra dans ses bras, et lui proposa de la conduire à l’hôpital en voiture. Elle accepta. Elle ne pouvait pas attendre, elle devait voir sa mère de ses propres yeux.
Dans la voiture, pas un des deux ne parla. Marie se surprit à espérer que ce n’était qu’un mauvais rêve. Pendant quelques secondes, elle eut l’espoir irraisonné qu’elle se réveillerait du haut de ses huit ans, comme si les longues années de son enfance ne s’étaient jamais écoulées, et que sa mère serait là, lui souriant comme si rien n’était arrivé. Mais rien de tout cela ne se produisit : la douleur la déchirait toujours, les feux rouges les empêchaient d’avancer à la vitesse qu’ils désiraient, et elle avait beau se pincer pour se réveiller, sa mère n’était pas là, et elle n’y serait plus jamais. Elle pouvait encore voir son visage, et elle se rappelait si clairement sa voix. Elle craignait d’oublier le son de son rire et la façon dont elle la consolait. Elle aurait tellement voulu rattraper le temps perdu !
Lorsqu’elle vit l’hôpital se rapprocher, et qu’elle sortit de la voiture, son cœur s’emballa. Elle avait l’impression qu’à tout moment ses jambes pouvaient fléchir, et chaque pas qu’elle faisait en direction de la porte d’entrée de l’hôpital lui semblait plus dur.
Les portes automatiques s’ouvrirent, et Marie eut du mal à les franchir. Des milliers de questions se bousculaient dans sa tête : était-elle prête ? devait-elle attendre ? Elle était perdue, mais, au plus profond d’elle-même, là où la peur et la tristesse ne pouvaient l’envahir, elle savait qu’elle devait le faire. Alors, lorsque l’infirmière leur fit signe de la suivre en direction de la morgue, elle prit une grande inspiration et elle la suivit.
Les couloirs de l’hôpital, lui semblaient infinis, et l’attente de l’ascenseur, pour descendre au sous-sol, lui parut durer des heures.
Enfin, elle la vit, cette grande porte au fond du couloir, où était inscrit « Morgue ». Les derniers pas qu’elle réalisa en direction de cette porte furent les plus durs. Et enfin, quand elle arriva, l’infirmière lui ouvrit la porte, et lui indiqua qu’elle pouvait entrer dès qu’elle serait prête.
Marie n’entra pas tout de suite. Elle reprit son souffle, sécha rapidement ses larmes et attendit quelques secondes, car elle savait que lorsqu’elle franchirait cette porte, sa vie serait changée à jamais et qu’un morceau d’elle-même s’en irait définitivement avec sa mère. Enfin, elle franchit la porte, et elle la vit, calme, sereine, comme si à présent rien ne pouvait plus l’atteindre. Son corps était là, allongé, le teint pâle, mais la joie si rare qu’elle dégageait habituellement s’en était allée. Elle semblait ailleurs, autre part, et Marie se demanda s’il était possible que sa mère l’ait oublié…Tous les souvenirs, qu’elles avaient vécus toutes les deux et qui ne faisaient que renforcer la douleur qu’elle éprouvait, se pourrait-il qu’elle ne se les rappelle pas ?
A ce moment précis, Marie se rendit compte à quel point la vie était précieuse, à quel point chaque minute, chaque seconde en valait la peine, et elle s’en voulut de ne pas s’en être rendu compte plutôt.
Elle s’approcha, doucement, hésitant à chaque pas qu’elle faisait, se demandant si elle tiendrait le coup, si ce ne serait pas trop douloureux. Et plus elle la voyait, plus elle se faisait mal. Mais ce ne fut qu’au moment où elle posa une main sur la joue de sa mère, à l’instant où elle sentit sa peau maintenant glaciale contre sa main, qu’elle se rendit vraiment compte que sa mère ne reviendrait plus
Elle était partie, c’est tout. Elle était redevenue un morceau de ciel bleu et Marie devait continuer à vivre sans elle. Aucun miracle ne se produirait et elle ne se réveillerait pas miraculeusement. Alors, prenant tout le courage qu’il lui restait, Marie se pencha, pour embrasser sa mère une dernière fois, parce qu’elle savait qu’ensuite elle ne serait plus qu’un souvenir.
Lorsqu’elle s’approcha, elle put sentir le peu de parfum qui restait imprégné sur la peau de sa mère, et il lui semblait qu’elle pouvait encore l’entendre respirer nettement. Trop nettement. S’en voulant d’être si entêtée et de continuer à espérer un miracle qui ne se produirait jamais, elle hésita un instant, et après une grande inspiration, elle colla son oreille au coin des lèvres de sa mère. Elle ne rêvait pas, ou du moins elle l’espérait au plus profond d’elle-même. Sa mère respirait faiblement, mais elle respirait. Elle courut hors de la salle, et cria dans tous le couloir « Est-ce quelqu’un m’entend ? Je vous en prie !! J’ai besoin d’aide ! Ma mère respire ! Venez m’aider ! »
Une infirmière, accourue, entra dans la morgue, et lorsque Marie vit son regard, elle sut qu’elle avait eu raison. Sa mère était vivante.
Elle se pinça discrètement pour s’assurer que tout cela n’était pas une illusion et pendant quelque instant elle eut peur de se réveiller, elle qui depuis le départ ne souhaitait que ça. Son mari lui prit la main et elle la serra du plus fort qu’elle pouvait. La situation avait beau être celle qu’elle avait espérér depuis le départ, la peur restait imprégnér et l’angoisse que tout cela se stoppe en un clin d’œil persistait.
Au bout de quelques minutes, un médecin entra dans la salle et les informa qu’il était celui qui s’était occupé de sa mère. Marie fut incapable de discerner les émotions qu’il laissait transparaitre en s’apercevant de son erreur,. Il avait dans son regard, une infime lueur, qui doucement augmentait. Et même si, au fond, Marie le désirait, elle fut incapable de ressentir la moindre sympathie pour ce médecin qui avait fait une erreur incontestable. Une erreur qui lui coûterait sa carrière.

E.P

Nouvelle 6

Une drôle de bonne femme

Didier s’était réveillé de bien mauvaise humeur après avoir veillé tard pour le boulot. Il souffrait d’un mal de crâne infernal. Il avait décidé de prendre son petit déjeuner et de sortir. Après avoir pris un bain et s’être vêtu il s’était dirigé vers la cuisine et s’était préparé un café et des pancakes. Il regarda les murs de sa cuisine, qui étaient peints de blanc avec des rayures lilas. Cette décoration assez spéciale l’horripilait.
Il sortait dans son jardin lorsqu’il aperçut une vieille dame. Elle était vêtue d’une robe couleur lilas, de bas de contention et d’un gilet blanc. Cet accoutrement lui rappelait les murs de sa cuisine. Elle avait sur les lèvres un large sourire, légèrement sadique, que l’on ne voit pratiquement pas chez les grands-mères de nos jours. Elle s’était approchée d’une rangée de voiture. Elle farfouillait dans son sac avec insistance, Didier se demandait ce qu’elle pouvait chercher avec tant d’ardeur. La trouvant louche, il avait décidé de se cacher derrière un arbre. Par chance, la vieille, trop occupée, ne l’avait pas remarqué.
Enfin, elle sortit de son sac d’un rouge vif un trousseau de clés. Didier avait cru que la voiture devant laquelle elle se trouvait était à elle et qu’elle s’apprêtait à y entrer. Seulement, une fois les clés sorties, elle prit son temps pour en choisir une. Son sourire s’élargissait de plus en plus. Didier fut interloqué par ce sourire. Selon lui, cette bonne femme préparait quelque chose. La vieille dame, toujours en train de choisir parmi ces nombreuses clés, semblait faire durer le plaisir.
Après mûres réflexions, elle s’était décidé. So choix s’était porté sur une clé à bout pointu. Elle tendit le bras, lentement, doucement, vers la voiture. Didier la regardait avec insistance. Que pouvait-elle mijoter ? Se demanda-t-il. Elle avait, enfin, approché la clé de la voiture ; et au lieu d’entrer celle-ci dans la serrure, ce qu’elle ne fit pas, elle fit tout autre chose. Didier, toujours caché derrière on arbre, fut choqué. La vieille dame venait de rayer une voiture. Elle continuait de les rayer les unes après les autres. Didier, qui avait enfin repris ses esprits, appela la vieille dame.
« Madame … ! » dit-il sur un ton autoritaire.
Elle se retourna et le regarda en arborant un large sourire. Cependant elle ne répondit rien et retourna à son occupation. Didier, à présent énervé, se dirigea vers elle.
« Madame … ! » Ses mots avaient dû lui parvenir aux oreilles car elle répondit, cette fois.
« Oui, Monsieur. En quoi puis je vous aider ? » La douceur de ses paroles eut le mérite de le calmer légèrement.
« Pourriez-vous m’expliquer pourquoi vous rayez ces voitures ? dit-il calmement.
— Je le fais car j’en ai envie et par pure méchanceté, voilà. »
Même s’il avait très bien compris, Didier, surpris, avait renchéri.
« Je ne crois pas avoir compris.
— Que n’avez-vous pas compris ? Je le fais par pure méchanceté, voilà tout. Est-ce clair à présent ? »
Didier, de nouveau énervé, avait répondu d’un ton sec : « Oui, et ceci est un délit, madame. Donc, je vais appeler la police. Est-ce clair pour vous aussi ? »
Puis il s’en alla téléphoner à la police, chez lui, sans attendre de réponse.
Une fois rentré il saisit le téléphone et composa le numéro de la police. Après quelques bips, la police répondit et la conversation commença.
« Allo, police à l’écoute » fit une voix peu commune. Cette voix était robotique, comme si tout était automatique.
« Oui, bonjour, ce serait pour signaler un délit. » On pouvait observer qu’une pointe de malice se dissimilait dans la voix de Didier.
« Comme tout le monde Monsieur. Quel est ce délit ?
— Une vieille femme raye des voitures par pure méchanceté ! dit-il sur un ton grave.
— Où vous trouvez vous et où se trouve cette vieille dame ?
— Je me trouve 9 avenue de la Paix et elle est dans ma rue.
— On arrive.
— Dépêchez-vous, cette femme est folle.
— Oui, vous pouvez raccrochez.
— Merci, au revoir. »
Il venait de raccrocher. La vieille dame continuait de rayer des voitures.
Le lendemain, Didier se réveilla et sortit du lit. Il avait grand-faim et se dirigeait vers la cuisine, mais avant cela il sortit et récupéra le journal du jour. Une fois dans la cuisine, il prit son petit déjeuner et entama la lecture de son journal. Ce qu’il avait vu lui administra un choc. La vieille femme qu’il avait rencontrée la veille était à la première page. Soudain, la tenue qu’elle avait portée revint à l’esprit de Didier. Il regarda autour de lui et un frémissement le fit trembler de tout son corps. La tenue ressemblait aux murs de sa cuisine. Et, sur un coup de tête, il décida de changer la décoration. Il avait décidé de se limiter à une peinture rose pâle qui égayerait la pièce.

Amélie Hammoudi

Nouvelle 7

Une journée pas comme les autres…

Il était 9 heures du matin et Pablo s’apprêtait à partir à l’école. Son père avait préparé le petit déjeuner avec soin afin que son fils commence bien sa journée. Pablo vivait avec ses parents dans un petit logement assez lugubre et mal entretenu. Les conditions n’étaient pas très hygiéniques. Ses parents n’avaient pas beaucoup d’argent mais se démenaient pour que leur fils vive normalement. Cependant, la vie était assez difficile pour toute la famille.
Pablo n’était pas un enfant comme les autres. Il était mystérieux et distant avec les personnes qui l’entouraient. Il avait toujours peur du regard des autres et n’était pas bien dans sa peau.
Au moment où son père l’appela pour se rendre à l’école, il avait comme une boule au ventre. Il ne se sentait pas très bien. Ils sortirent de l’immeuble, prirent la petite rue qui conduisait à l’établissement scolaire et marchèrent. La maternelle se situait à 300 mètres de leur quartier. Quand ils arrivèrent, Pablo devint tout pâle. Son père ne remarquait rien. A l’entrée, il lui expliqua que tout allait bien se passer. Seulement Pablo voulait que son père reste près de lui. Une des maîtresses qui se tenait près de la grille prit l’enfant par la main et l’emmena jusqu’à sa classe.
Il arriva dans un petit couloir et ne regarda que le bout de ses pieds, par peur de croiser le regard des autres. La maîtresse fit entrer tout le monde dans la classe. Pablo se rendit dans le fond de la salle, où il s’assit seul à une table.
Ce jour-là, pour la rentrée des classes, les enfants devaient faire un dessin sur le thème de la nature. Pablo s’exécuta et dessina un arbre. Pour le moment, il était plutôt tranquille. Soudain, un petit garçon vêtu d’une salopette bleue, aux boucles blondes, assez enrobé, se leva de son tabouret, s’avança vers Pablo, prit son dessin et le déchira. Le jeune garçon, anéanti, vit sa feuille voler en morceaux. Toute la classe se moqua du petit garçon, il ne pouvait rien faire. Malheureusement, les deux maîtresses n’avaient rien remarqué.
Au moment où la cloche sonna, tous les enfants se précipitèrent dans la cour, sauf Pablo. Il resta dans le couloir, seul, et réfléchit. Il pleurait de tout son corps et se demandait pourquoi on ne l’aimait pas, pourquoi lui. Il n’avait rien fait, pourtant le sort s’acharnait sur lui.
Il ferma les yeux un petit moment, les rouvrit, et une idée folle lui vint soudainement. Il se précipita dans la cour et s’approcha des barrières qui entouraient l’école. Pablo se retourna, personne ne le regardait. Alors, il prit son courage à deux mains, se hissa, et escalada les barrières sans aucune difficulté. Il était derrière, enfin il pouvait échapper aux rires de tous les enfants et aux regards. Le jeune garçon était libre.
Pablo courut dans les rues et arriva à son domicile. Au même moment, à l’école maternelle, la maîtresse, qui ne voyait pas Pablo assis à sa place, s’inquiéta et appela immédiatement la mère du garçon. Tout le monde était choqué dans l’établissement, Pablo s’était enfui. La mère de l’enfant, affolée, quitta son travail et arriva à l’école. Elle était en pleurs et ne comprenait pas ce qui avait pu se passer. Une seule question résonnait dans sa tête, pourquoi avait-il fait ça ? Soudain, un coup de téléphone vint bouleverser la femme, c’était son mari. Il lui expliqua que leur fils était chez eux. Il semblait être tout aussi choqué qu’elle.
Quelques jours après, les parents changèrent leur fils d’école et l’adjointe au maire prit la décision d’ajouter une barrière supplémentaire dans un angle mort de l’école. La vie reprit son cours, Pablo n’a plus jamais recommencé.

Emma Grand


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